Diabète et humeur

Nombreux sont les facteurs qui peuvent influencer votre diabète : stress, activités, exercices, maladies, effervescence, voyagement, travail, changements dans la routine, hormones, âge ou stade de la vie, nourriture et breuvages, type ou dosage d’insuline et sites d’injections. Mettre le doigt sur le facteur responsable peut parfois être difficile, voire même impossible. Cette « zone grise » peut miner la motivation et entraîner des sentiments d’impuissance. Maintenir le contrôle sur la gestion de votre diabète peut être difficile, surtout lorsque les résultats ne sont pas ceux que vous souhaitiez. 

Pour compliquer davantage, votre humeur et votre comportement peuvent être étroitement liés à vos taux de glycémie. Vous avez sans doute remarqué votre impatience et votre mauvaise humeur lorsque votre taux de glycémie est élevé. L’hypoglycémie apporte aussi son lot de problèmes : vous pourriez découvrir un autre côté de vous lorsque les taux de glycémie sont bas. Si vous avez l’habitude de parler fort et d’être sociable, vous pourriez vous tenir tranquille et vous isoler. Si vous êtes habituellement de nature sérieuse, vous pourriez vous mettre à rire davantage. Si votre humeur est habituellement égale, vous pourriez vous montrer plus entêté. Cela peut parfois vous embarrasser, mais c’est correct de dire aux gens que votre glycémie est basse et que vous reviendrez à vous-même lorsque vous aurez mangé quelque chose. Ce faisant, vous n’utilisez pas votre diabète comme excuse, vous énoncez un fait. 

Se fixer des objectifs réalistes et bien comprendre le diabète sont des atouts majeurs pour vous sentir bien mentalement et émotionnellement. De plus, identifier les autres problèmes dans votre vie qui ont un effet sur votre diabète, et vous en occuper un à la fois est également important. Encore une fois, il est essentiel d’être à l’aise de parler de vos besoins et de vos priorités avec votre équipe de soins de santé - pour que votre vie soit la plus agréable possible, le plus longtemps possible. 

Maintenir le cap : les adultes qui vivent avec le diabète de type 1 depuis longtemps
Rédigé par Michael Vallis, Ph. D. R. Psych.
Psychologue, CDHA – Institut des changements de comportement
Professeur agrégé, Université de Dalhousie

Voyons les choses en face : nous vivons dans un monde de satisfaction instantanée, sans cesse désuet. Il fut un temps où « vieux était mieux »; un vieux blouson de cuir qui devient de plus en plus confortable avec le temps, un article de collection qui a juste besoin d’un peu d’entretien. Plus maintenant! Un ordinateur est maintenant désuet au bout de deux ans; et que dire des téléphones cellulaires! Avons-nous vraiment besoin de changer deux fois par année? Voici le nouveau monde dans lequel nous vivons; un déficit d’attention « sociétal » … il ne peut pas s’agir d’un trouble si c’est normal. 

Alors imaginez-vous être au début de l’âge moyen et atteint de diabète de type 1 (DT1) depuis l’âge de six ans. Vous avez presque tout vu et lu sur la gestion du diabète et on vous dit de gérer votre maladie sans arrêt ni répit. Pas si facile que cela. Cet article propose une discussion des enjeux psychologiques associés à cette réalité. 

Les enjeux psychologiques sont des éléments importants selon les fournisseurs de soins de santé, auxquels très peu d’attention est accordée. Les fournisseurs de soins de santé n’ont pas le sentiment d’être suffisamment équipés pour y répondre. L’aspect psychologique est peu connu, mais tout n’est pas morne. Certaines personnes s’intéressent à comprendre ces enjeux psychologiques en présence de diabète et une étude récente a été menée dans 17 pays, l’étude DAWN (Diabetes, Attitudes, Wishes and Needs) pour explorer les sujets : Diabète, Attitudes, Souhaits, Besoins. 

Nous avons appris de cette recherche et nous commençons à envisager des moyens pour mieux reconnaître et gérer les enjeux psychologiques en présence de diabète. En voici un bref aperçu. 

Le premier point sur lequel je souhaite insister est que lorsque nous discutons des enjeux psychologiques en présence de diabète, nous devons faire une distinction entre les troubles de santé mentale et les problèmes psychologiques liés au diabète. Imaginez une personne atteinte de diabète qui se présente chez un professionnel de la santé avec un problème d’ordre psychologique, comme une dépression, anxiété, stress, problèmes interpersonnels, etc. Je crois que l’une des plus importantes questions à poser à cette personne dès le départ est si le problème est lié au diabète ou non. Si le problème n’est pas lié au diabète, notre compréhension des problèmes de santé mentale est importante. Si le problème est lié au diabète, alors la façon de l’aborder doit vraiment inclure la gestion du diabète. À titre de psychologue spécialisé en diabète, ceci est une importante distinction. Ceci explique pourquoi j’essaie d’améliorer la gestion des problèmes psychologiques dans le cadre des programmes de diabète et pourquoi j’essaie d’accroître les liens entre les programmes de diabète et les programmes de santé mentale. Cela est également important parce que les faits démontrent qu’il est très courant que les problèmes psychologiques soient intimement liés à l’expérience de vivre avec le diabète. 

Illustrons ce constat avec les résultats de la récente étude. Il est recommandé depuis quelque temps maintenant, dans le cadre des Lignes directrices de pratique clinique de l’Association canadienne du diabète, d’effectuer un test de dépistage de la dépression chez toutes les personnes qui vivent avec le diabète. Nous sommes donc devenus assez agiles pour identifier des épisodes de dépression. Cependant, la récente étude a commencé à étudier plus en détail la dépression en présence de diabète et a fait ressortir le concept de détresse liée au diabète. Il y a un chevauchement entre la détresse liée au diabète et la dépression; les personnes en détresse étant plus susceptibles de souffrir de dépression également. Mais la détresse liée au diabète réfère au diabète tandis que le dépistage de la dépression se penche sur les symptômes de dépression. En conséquence, l’échelle de détresse liée au diabète est composée de quatre sous-échelles : fardeau émotionnel (apparenté à la dépression), détresse liée au régime de vie, détresse liée au médecin et détresse liée aux rapports sociaux. Fait intéressant, il est beaucoup plus fréquent de rencontrer des personnes souffrant de détresse liée au diabète que de personnes souffrant de dépression. De même, des faits suggèrent que lorsque la dépression est détectée et traitée, les symptômes de dépression s’améliorent, mais pas le contrôle du diabète. Et inversement, cette étude suggère que lorsque la détresse liée au diabète est détectée et traitée, les symptômes de détresse s’améliorent et le contrôle du diabète aussi. 

Parlons des préoccupations psychologiques qui pourraient provenir directement des expériences de la vie avec le diabète. Quels sont les facteurs du diabète qui pourraient rendre une personne diabétique à risque? Bien, quand je pense au diabète en envisageant la perspective d’un facteur de stress psychologique, j’identifie les caractéristiques suivantes du diabète qui contribuent au stress :

Le diabète peut parfois être ENVAHISSANT. Le nombre de tâches à planifier, mesurer, évaluer et enregistrer peut s’avérer un peu trop lourd. 

Le diabète peut parfois être COMPLEXE. Le nombre de facteurs qui entrent en ligne de compte dans la planification d’activités normales de la vie courante et le calcul de la glycémie peuvent donner l’impression qu’on a besoin d’un doctorat en diabète pour y arriver. 

Le diabète est CONSTANT. Peu de maladies exigent autant d’attention sur une base régulière (pratiquement toutes les heures), tous les jours, peu importe ce qui se passe dans la vie d’une personne. 

Le diabète ne PARDONNE PAS. Les risques de complications ne peuvent jamais être éliminés et malgré des efforts rigoureux à long terme, le malheur peut frapper. 

Le diabète peut être empreint d’INCERTITUDE. Si vous vous sentez étourdi, est-ce parce que vous vous êtes levé trop vite ou parce que vous êtes en hypoglycémie? Plusieurs aspects du diabète entraînent des questionnements et l’incertitude peut être source d’inquiétude, et l’inquiétude peut causer de l’anxiété. 

En conséquence, les personnes qui vivent avec le diabète peuvent éprouver des difficultés liées à la détresse émotionnelle. Les principaux problèmes émotionnels issus directement de la vie avec le diabète comprennent la dysphorie, l’anxiété et l’irritabilité. La dysphorie réfère à des sentiments de tristesse qui peuvent être modérés et temporaires ou plus graves et plus persistants. Si l’intensité de la dysphorie est grave et dure depuis assez longtemps, la personne peut répondre à des critères de dépression clinique. Les problèmes d’anxiété courants sont souvent liés à la peur de l’hypoglycémie et à la crainte des complications. L’hypoglycémie est une expérience traumatisante et peut être une grande source d’inquiétude et d’anxiété, surtout le risque d’hypoglycémie nocturne. L’irritabilité provient souvent des demandes liées à la gestion du diabète et des soins du diabète. 

Mis à part les problèmes émotionnels auxquels une personne diabétique est à risque à cause de son diabète, il faut souligner le risque de détresse liée aux relations. Je décris souvent le diabète comme une maladie personnelle et de perturbations familiales. Le diabète touche la plupart des aspects de la vie d’une personne, il n’est donc pas surprenant de constater que le diabète a certains effets sur les relations avec les autres. Pas de surprise non plus quand on constate que l’appui des autres est associé à un meilleur contrôle du diabète et une meilleure qualité de vie. Il peut s’avérer difficile de gérer des situations où la famille, les amis et les collègues de travail rendent les tâches liées au diabète moins faciles. Une anecdote que j’ai vécue à titre de psychologue spécialisé en diabète est d’avoir constaté que les amis des enfants diabétiques semblent s’adapter aisément au diabète de leurs amis. Tandis que des adultes amis avec des adultes diabétiques semblent beaucoup moins ouverts et offrent peu d’appui. Allez dont savoir pourquoi!

Maintenant que j’ai démontré que plusieurs, sinon la plupart, des problèmes psychologiques liés à la vie avec le diabète ne sont pas causés par des troubles mentaux, mais plutôt intimement liés au diabète lui-même, parlons un peu des troubles de santé mentale. 

Les personnes atteintes de diabète sont à plus haut risque que celles qui ne sont pas atteintes d’une maladie chronique de problèmes de dépression et d’anxiété. La dépression clinique est diagnostiquée lorsque l’humeur dépressive vient à dominer et à interférer, et lorsqu’elle est associée à d’autres symptômes (trouble du sommeil et de l’appétit, sentiment d’impuissance, agitation et isolement) pendant une assez grande période de temps. Plusieurs traitements sont efficaces pour traiter la dépression, surtout s’il s’agit d’un cas léger ou modéré (le plus courant), lesquels comprennent des interventions au niveau du mode de vie (exercices aérobiques, socialisation, tenir un journal personnel), la psychothérapie (thérapie cognitivo-comportementale et psychothérapie interpersonnelle) et les médicaments. Les cas de dépression sévère sont plus difficiles à traiter et les médicaments font souvent partie de l’ensemble du plan de traitement pour obtenir de meilleurs résultats. Les troubles d’anxiété comprennent la phobie des aiguilles (pas très courant) de même que des manifestations d’anxiété somatique issues de l’inquiétude ou des troubles généralisés d’anxiété. 

Il est également important de souligner les risques liés aux problèmes d’omission d’insuline. Ceci est la plupart du temps constaté chez les jeunes femmes et est lié aux préoccupations envers le poids et la quête de la minceur. Bien que la fréquence de ces problèmes soit basse, ils sont tout de même extrêmement graves et tout soupçon de problèmes d’omission d’insuline doit être adressé le plus rapidement possible. Nous recommandons que quiconque est confronté à ces problèmes consulte un psychologue ou un psychiatre qui a une expertise dans les troubles de l’alimentation. 

En rédigeant cet article, mon objectif était de donner un aperçu général des types de problèmes psychologiques associés à la vie avec le diabète. L’adulte qui vit avec le diabète depuis longtemps pourrait être confronté à plusieurs de ces problèmes à un moment donné. J’avais deux choses en tête en offrant cet aperçu. La première se résume dans l’expression « Une personne avertie en vaut deux ». En soulevant ces problèmes psychologiques, il est plus facile de les identifier et d’intervenir. La deuxième chose est illustrée par ce qui suit : la plupart des personnes résolvent la plupart de leurs problèmes elles-mêmes la plupart du temps. Autrement dit, parlons de ces problèmes et nous pourrons trouver des stratégies pour les aborder. Ceci pourrait être le sujet d’un autre article si on m’invite à le faire à nouveau. 

Ouvrir l’œil pour détecter les cas de dépression 
Vivre avec le diabète vous rend deux fois plus susceptible de subir une dépression comparativement aux autres personnes qui ne sont pas atteintes de la maladie. 

Il est important de connaître les signes et les symptômes afin de savoir quand demander de l’aide. 
Les symptômes de dépression peuvent se manifester pendant de longues périodes (plus de deux semaines) : 

  • Sentiment de tristesse ou d’impuissance la plupart du temps 
  • Perte d’intérêt ou d’agrément lors de vos activités habituelles 
  • S’isoler et ne pas sortir 
  • Arrêter les activités qui avaient l’habitude de vous plaire 
  • Des sentiments d’échec, d’être inutile, que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue 
  • Se sentir dépassé, la larme à l’œil, coupable, irritable 
  • Ressentir des symptômes physiques comme une fatigue constante, le ventre à l’envers, des nuits de sommeil agité ou un changement dans l’appétit 

La dépression est traitable et la plupart des gens s’en remettent avec un traitement approprié. Si vous croyez ressentir des symptômes de dépression, il est important de consulter plus tôt que tard, n’hésitez pas à en parler à un professionnel de la santé en qui vous avez confiance. 

Évitez l’épuisement diabétique 
Être diabétique est un emploi à temps plein et les efforts à déployer tous les jours pour le prendre en charge peuvent devenir trop difficiles et entraîner beaucoup de frustrations, surtout lorsque les résultats ne sont pas ceux que vous souhaitiez. Des études ont démontré que la majorité des personnes qui vivent avec le diabète éprouvent des craintes, des peurs et des sentiments négatifs à un moment ou à un autre. Ces sentiments peuvent mener à un épuisement diabétique. 
L’épuisement est bien plus qu’un sentiment de fatigue et de découragement. Il entraîne des sentiments disproportionnés d’impuissance et de désespoir. Les signes comprennent une surveillance déficiente de la glycémie, arrêter ou réduire les injections d’insuline, ne pas prendre soin de son alimentation, ne pas faire d’exercices et ignorer ou essayer d’oublier le diabète la plupart du temps. L’épuisement diabétique est considéré comme l’une des plus importantes complications psychologiques du diabète. 

Vous devez avoir des attentes réalistes et des stratégies pratiques pour gérer l’aspect émotif du diabète. Une stratégie simple qui peut aider consiste à changer votre vision des taux de glycémie. Plutôt que d’être fâché ou perturbé, considérez vos résultats de glycémie comme une information qui vous aide à décider de la prochaine action à faire. Ne perdez pas votre temps à vous blâmer parce que le taux est élevé. Utilisez ce que vous savez pour planifier et apporter des changements positifs. Utiliser des mots comme « haut » et « bas » à la place de « bon » ou « mauvais » peut vraiment aider. Si vous croyez être à risque d’un épuisement diabétique, posez-vous ces questions: 

  • Quels problèmes, autres que liés au diabète, pourraient être abordés? 
  • Quelles sont mes attentes envers la gestion du diabète – qu’est-ce que je veux? 
  • Est-ce que mes objectifs sont réalistes maintenant? Peut-être sont-ils trop bas ou trop élevés? 
  • Quels sont les aspects précis du diabète qui me causent un problème?

Quand ça va mal, il faut demander de l’aide! 

Quand les choses ne vont pas comme prévu avec votre diabète, il est important de figurer pourquoi et de s’assurer que ce n’est pas vous le problème. Si la gestion de votre diabète n’est pas sur la bonne voie, alors il y a probablement d’autres problèmes à régler. Ceci ne diminue pas votre responsabilité de vous attaquer aux problèmes, mais d’élargir vos horizons pour apporter des changements. Ces problèmes peuvent être directement liés à votre diabète, comme le besoin de changer la façon de le gérer, ou ils peuvent ne pas y être liés, comme la dépression ou des problèmes au travail. 

Au bout du compte, vous devez vous accorder une pause pour réfléchir afin d’affronter les problèmes et d’obtenir de l’aide. Parler à des personnes qui peuvent comprendre est très important.

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